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Une «grille de lecture» religiologique


 

1. le sacré et le profane

 

1.1 Dialectique sacré/profane

 

Le regard religiologique perçoit (construit) une séparation/distinction de l'expérience humaine (individuelle, collective) en deux sphères opposées (mais dialectiquement reliées):

le sacré / le profane

 

 

1.2 Le sacré

Le sacré est expérimenté comme

tout autre [présence qui conditionne d'au-delà de l'expérience ordinaire]

d'où la nécessité d'une pensée, d'un langage symboliques pour rendre compte de l'expérience du sacré.

N.B. =>Tout appauvrissement (individuel ou culturel) de la capacité symbolique => appauvrissement de la capacité d'expérience du sacré=> Toute résurgence de la capacité symbolique (individuelle, collective) => une possible résurgence de l'expérience religieuse (du sacré)

puissant [source jaillissante de vie, réservoir inépuisable d'énergie, etc.]

mais aussi:

ambivalent

fascinant | terrifiant fascinans tremendum

dangereux | bénéfique

pur | impur

 

 

1.3 Le profane

 

Espace/temps de la vie humaine ordinaire, quotidienne, etc.

Par contraste avec le sacré: un «moins» d'être, de puissance, de réalité (plus fragile, plus précaire, usure, etc.)

N.B. Le PROFANE est le lieu de la morale comme gestion de la vie, de l'espace, de l'être-ensemble profane.

MAIS du fait même de leur précarité, de leur relativité, les morales ont souvent tendance à s'absolutiser au contact du sacré, en se présentant comme dictées par les instances sacrées

 

 

1.4 Interdits et transgression

À cause de son caractère tout autre et puissant, le sacré doit être contrôlé, endigué dans un système d'interdits (qui font qu'on ne s'en approche pas n'importe comment). Un des modes de l'expérience du sacré (en un sens, le plus habituel) consiste donc dans le respect des interdits qui l'entourent. [cf. religion]

MAIS

La vie profane a besoin d'être constamment régénérée au contact du sacré

D'où: nécessité périodique, ponctuelle de lever, transgresser les interdits pour accéder directement au sacré

N.B. la transgression n'est pas une «abolition» ou une «négation» de l'interdit: on affirme à la fois sa nécessité et celle de sa transgression (périodique/ponctuelle)

=> cette transgression se fait elle-même selon des règles

[cf. rites]

 

 

1.5 La religion comme gestion du sacré

La religion comme administration (gestion) du système interdits / transgression

=> passage (du profane au sacré puis au profane)

Double initiative:

- l'être humain quitte le profane et se rend présent au sacré [cf. rites]

 

- l'être humain expérimente le sacré comme se manifestant, faisant irruption dans la vie profane [hiérophanies]

 

 

1.6 Sacré domestique et sacré sauvage

Cette levée (transgression) limitée des interdits fait qu'on peut parler d'un sacré domestique, destiné au bien, au progrès, à la régénération (de l'individu, du groupe)

MAIS

on peut aussi penser à des manifestations d'un sacré sauvage i.e. non orienté au «bien», à la régénération de l'individu ou du groupe (pure explosion hors contrôle, sans «retour» au profane, basculement total «dans» le sacré, «défonce» => mort...)

 

2. le mythe et le rite

 

2.1 Le mythe

 

Récit sacré (qui donne accès au sacré)

 

Éléments constitutifs du mythe

- récit (histoire, structure narrative, etc.)

- personnages hors du commun [dieux, héros, panthéon, etc.]

N.B. les dieu(x) ne sont pas coextensifs à la religion, à l'expérience du sacré

- temps primordial - origine absolue

- général [mythes des origines, création, cosmogonie, etc.]

- particulier [origine de telle ou telle réalité]

- actions hors du commun, fondatrices

 

Fonctions du mythe

Le mythe donne le sens de l'expérience humaine, du monde [théodicée]

- mémoire (de ce temps fondateur)

- communication et solidarité (sociale)

- modele (pour l'action)

La vie actuelle se présente comme éloignement, déperdition par rapport au temps fondateur du mythe

MAIS

elle est revivifiée par le rite qui rend présent, contemporain du mythe

 

 

2.2 Le rite

Nature et fonction:

Geste sacré qui

- met en contact avec la réalité du sacré

- rend présent au mythe

- met en scène, réactualise le mythe

 

N.B. le rite comme jeu

- mimétisme - compétition - vertige - hasard

 

En ce sens, le rite fait passer du profane au sacré (et en fait revenir)

 

structure de base

 

- introduction, préparation [rites (pré)liminaires]

- déroulement

- conclusion [rites post-liminaires]

 

N.B.les notions de pureté /impureté (souillure)

Celles-ci n'ont pas d'abord un sens «moral» (bien/mal)

impureté: ce dont il faut se débarrasser (se purifier) pour passer d'un monde à l'autre, du profane au sacré (rites de purification), du sacré au profane

(rites de décontamination)

 

 

2.3 quelques «modeles» de rites

La fête

- renversement de l'ordre profane

(folie vs raison, désordre vs ordre, dépense vs épargne, jeu vs travail, etc., etc.)

 

- structure (préparation - déroulement - retour)

 

- caractère domestique (vs «sauvage» -- cf.)

(=> contrôle et limites: un «ordre» demeure: des règles, personnages pour le maintenir)

 

L'initiation

- rite de passage (moments importants de l'existence)

- structure:

--- préparation: séparation (coupure d'avec «avant») (pré-liminaires)

--- temps d'épreuves (liminaires)

temps de révélation, initiation [=> transmission du mythe]

--- retour, réintégration, agrégation avec un «plus», régénération (post-liminaires)

 

Le sacrifice

- Rendre (au) sacré quelque chose qui appartient à la vie profane

par la mort (dépense, consumation, consommation)

motifs variés: expiation, gratitude, demande, dévotion...

 

On retrouve encore la structure fondamentale:

- séparation (mise à part, mise à nu)

- épreuve, mort

- résurrection, régénération (sacralisation...)

 

N.B. dans certains sacrifices, la victime est totalement sacrifiée (consacrée) (aux dieux, par ex.) (HOLOCAUSTE)

dans d'autres, elle est (en partie) consommée par les fidèles (communion)

 

Rites plus particuliers

- Rites de fécondité

-Rites de fondation / inauguration

- etc.

 

 

3. espace, temps, objets et personnages sacrés

 

3.1 Espace sacré, espace profane

a] La dichotomie sacré/profane se retrouve au plan de l'espace

- espaces profanes (où la vie humaine se déroule normalement)

N.B. étymol.: pro-fanum: «devant le fanum &emdash; ou sanctuaire»]

 

- espaces sacrés

--- habituels (ex. temples, etc.)

--- exceptionnels (ex.: là où une hiérophanie a lieu)

Mais, N.B. : ces lieux peuvent alors devenir

des lieux sacrés habituels (Ex.: PELERINAGE)

 

b] Le mythe (et sa reprise dans les rituels) transforme le chaos (désordre) en cosmos (ordre, monde signifiant, organisé) où tout est interrelié

N.B. D'où, dans la pensée mythique, de nombreux rapports entre le micocosme et le macrocosme (monde humain / nature) [participation - analogie]

 

c] Découpage d'une géographie sacrée

Divers modèles:

Ex.: binaire (centre sacré / espace profane)

Ex.: ternaire (centre = sacré (+) / espace profane (neutre) / périphérie = sacrée (-)

 

d] thèmes

«centre» (omphalos, axis mundi : poteau, montagne, phallus)

- concentration de puissance

- circulation entre les mondes (haut/bas, sacré/profane)

 

«racines» (fondations, support)

 

«périphérie» (sacré dangereux, maléfique; transgression)

 

 

3.2 Temps sacré, temps profane

De la même manière: dichotomie sacrée/profane du temps

- temps profane (mesurable, linéaire, etc.)

- temps sacré (hors du temps profane, inversion/suspension, coïncide avec le temps du mythe, circulaire)

=> Calendriers, rituels du temps, commémorations (revivifications)

À la jonction du temps et de l'espace sacrés: le pèlerinage

 

 

3.3 Ojets sacrés

Au contact (habituel ou accidentel) du sacré: des objets acquièrent une puissance sacrée (ambivalente: bénéfique/dangereuse)

[objets sacri-fiés («faits, rendus sacrés»); «reliques», etc.]

l'icone a pour fonction (symbolique) de (re)conduire à l'Invisible. Lorsque le signifiant est pris pour le signifié, c'est-à-dire l'objet pour l'Invisible qu'il est censé représenter, l'icône devient idole

 

 

3.4 Personnages sacrés

Les personnages sacrés ont en quelque sorte pour fonction d'assurer le contact permanent, au nom de tous, entre le profane et le sacré (alors que le commun des mortels n'a de contact direct avec le sacré que de manière périodique, ponctuelle &emdash; à travers la fête, par exemple). De ce fait, ces personnages échappent largement aux contraintes de la vie profane (e.g.: à la morale commune). De ce fait également, ils partagent largement l'ambivalence fondamentale du sacré.

 

prêtre / prêtresse

- sacerdos [manipulateur du sacré, gestionaire de son institution]

- pontifex [«faiseur de ponts», intermédiaire profane / sacré]

 

chamane

[psychopompe, guérisseur d'âmes, ubiquité, métamorphose]

 

saint / maudit

[«contaminés» par la puissance (positive ou négative) du sacré]

 

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