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Pensées à François
Oraison pour François
Mon cher François,J'avais, comme on dit, coupé les ponts avec toi il y a déjà quelques temps. Tu avais, je n'en doute pas, compris mes raisons.
Ce sont de bons souvenirs que je garderai de toi : tes folies, tes grands rires sonores, ta cuisine bien sûr, inventive et délicieuse. Tant de moments magnifiques : fêtes, soupers, réveillons, passés autour de la table du 712 Champagneur. Tu nous y recevais comme chez toi, avec ton grand coeur ouvert d'écorché vif.
Tu m'as fait redécouvrir Aznavour, que mes parents écoutaient à la maison les dimanches. Sa voix te rappellera à moi pour toujours. Jamais je n'oublierai tes grandes interprétations : " les parois de ma vie sont lisses, je m'y accroche mais je glisse " paroles prémonitoires ? Tu glissais déjà et nous ne pouvions pas te retenir.
Tu es parti rejoindre les autres, trop tôt sans doute. Tu as enfin trouvé la paix et la sérénité.
Jean-Marc
Montréal, le 21 février 2003
Joliette, lundi 24 février 2003
à Madame de Tourvel ou à Monsieur de la Côte-Noire (!)
c'est selon
La vie c'est du théâtre et des souvenirs dit Alain Souchon
...d'être le plus vieil ami de François est une vanité que j'aime qu'on me laisse assumer.
Nous avions notre verbiage et un lexique incongru (!)
je l'ai connu à l'enfance
...et nous avions rendez-vous là autour d'une table aujour'hui.
Ainsi Rimbaud traversa ma vie.
Comme j'aurais aimé à son départ embrasser son front à mon ange noir
Ai-je besoin d'en rajoute ... nous eûmes des orages ( comme disait l'autre)
François avait la fâcheuse habitude des orages avec quiconque habitait la surface de la terre...
et le périphérique de l'amitié n'était pas toujours fluide
Nous nous sommes déchirés, bavés, reniés, disséqués
Nous avons croisé le fer et l'alcool
plus d'une fois fait éclater contre le mur notre amitié de vingt ans...
mais...
Nous nous sommes aussi étreints, léché plaies et blessures, juré éternité
et tutti quanti...
et recoller à chaque fois l'étrange objet de notre amitié de vingt ans... et poussières
je n'ai pas la foi je le regrette - sérieux
je me contenterai égoïstement de souhaiter que François soit soluble... oui soluble comme on dit soluble-dans-l'air...
ainsi par temps "drabe" ou par grand soleil... que je puisse juste en respirant tout d'un coup comme ça en inhalan ... l'interpeller... juste parler avec lui !
François et moi avions comme un jeu :
Lorsque nous voulions cerner, préciser ou décrire un certain état d'âme ou d'émotion... on lançait à haute voix le nom d'un acteur (c'était souvent des actrices (...!!!) pour que l'autre saississe instantanément l'essence et donner comme un certain visuel au propos..
ex : ainsi, pour décrire l'humeur aigre et taciturne dans lequel il était, il me disait : "Ouaf... je me sens comme Tsilla Chelton dans le film Tatie Danielle...
et on riait...
ou bien pour décrire un sentiment d'arrogance : "Je me sens comme Glenn Close (Madame de Merteuil) qui débarque de son carosse dans le film Les liaisons dangereuses. Film duquel il aurait acheté tous les produits dérivés s'il en eut...
Et bien moi mon doux aujourd'hui pour décrire mon sentiment de chagrin je dirais que : Je me sens comme Meryl Streep dans Out of Africa quand elle perd son bel aventurier dans un crash d'avion...
chu braillard je l'avoue
et dans une ancienne vie pleureuse sans doute
À un autre époque et sous d'autres siècles j'aurais fait ériger à la mémoire de François
un précieux autel au retable magnifique
mille cierges et des roses jamais fanées
mon ami François était du style baroque vous l'aurez compris
mais curieusement aussi de l'humilité de sainte Thérèse-de-l'enfant-Jésus
N'avait-t-il pas parmi ses livres préférés : La vie de saint Augustin ?
Lui enviait-t-il sa foi? Paradoxe docteur.
Plus pragmatique, j'ai placé sur la commode de ma chambre une photo
je sais je suis raisonnable - trop me l'a-t-il si souvent reproché...
...Nous évoquions parfois ce rêve un jour de retourner à Paris...
Tu me manques cruellement déjà
Qui trouvera les mots pour me consoler de mes bobos à venir ?
Qui va désormais me téléphoner à des heures impossibles ?
J'ai perdu le gardien fou de ma vie celui qui m'empêchait de m'enliser
En attendant (?) je vais aller voir ce film The Hours
Je sais que tu en étais resorti ému et bouleversé
Tu possèdes maintenant l'impertinence fleurie des âmes
Ça sera désormais ton enviable statut... toi à qui on reprochait de n'en avoir socialement jamais eu.
Ciao ma biche aux yeux noirs...
Je retourne aux mortels il le faut bien
Claude
Ta petite barbotte en croute de sel
ou ton Aurélie, ta soeur xxx
(comme tu aimais malicieusement m'appeler... les bons jours!)
Bon voyage !
Mon très cher François,
Comment t'écrire ces mots en n 'ayant pas
envie de pleurer, je me le demande. Car nous
avions un lien. Un lien d'espèce, je dirais.
Comme le lien qui unit deux poissons, deux
oiseaux, deux arbres. Nous étions semblables.
Et malgré nos vies respectives bien
différentes, nous partagions beaucoup.
L'auto-dérision, d'abord, comme mode de survie,
le dédain des coeurs durs, le goût des chosesécrites.
Quoi d'autre encore.Et puis tu as connu mes dessous, aussi.
Au propre comme au figuré, d'ailleurs.
Tu connaissais les marques de mes soutien-gordes,
la taille de mes slips. Je ne compte plus les
fois où tu les as rangés. Et tu as vu l'envers
du décor sur mon visage bouffi de larmes, dans
mes yeux creusés de lassitude, parfois, dans
mes accès de rage et d'inquiétude. Les autres
dessous de mon image que l'écran du téléviseur
ne montre jamais. Tu connaissais de moi bien
plus que nous le laissions voir.Tu me manques, François. Te savoir dans ce
monde me manque. Pour ce qui est de l'autre
monde, la conviction qu'il existe me rassure
sur ta survivance et, folle que je suis, sur
l'absurde des dernières minutes de ta vie.T'ai-je déjà dit, François, que je n'ai jamais
connu, outre ma fille et les petits enfants en
général, personne d'aussi candide que toi
malgré le désespoir constant tapi sous les
fanfaronnades et les abus de toutes sortes pour
faire taire ton vacarme intérieur.De nous deux, voilà que tu es le premier, mon
ami, à percer le mystère de la vie et de la
mort. Ceux qui s'impatientaient de te voir
trouver enfin un sens à ta vie n'auront qu'à
ravaler leur salive. Quelle ironie.Tu es de ceux à qui l'on a tout demandé,
parfois même ce qui ne se demande pas, certains
sans scrupules allant jusqu'à te demander
l'impossible, rien que pour le plaisir malsain
de te voir te mettre en frais d'y arriver.
Naïveté? Trop grand besoin d'être aimé? Qu'est-
ce qu'on peut en dire, va savoir, sinon
qu'envoyer chier tes abuseurs n'a jamais été
ton plus grand talent.Toi qui surplombes maintenant notre planète
vaste et déchirée menacée par la guerre, peux-
tu nous le révéler le secret de la vie? Ils
disent tous que c'est l'Amour, qu'en penses-tu,
et que notre passage sur la Terre n'a pas
d'Autre but que de nous apprendre à aimer. Toi
alors! On ne pourra pas dire qu'à ce chapitre tu
a ménagé tes efforts!Je te souhaite un bon voyage, mon petit
François et je te remercie pour tout ce que tu
m'as donné dont je prends conscience
aujourd'hui et qu'il me faudra toute ma vie
pour saisir vraiment. Je te souhaite un chemin
semé de l'amour inconditionnel que nous
cherchons tous à perdre haleine et qui t'a
manqué à toi si paticulièrement. Et je nous
souhaite à nous tous, que tu as laissé sans
voix et pantois, la chaleur de ton regard
bienveillant par-delà les choses de la vie qui
nous semblent parfois si vaines.
Nous en avons bien besoin.Je t'aime
Dominique